Blogue

24 Janvier 2013

Les auteurs, la création, l'écoute...

Salut André

 

La dernière fois, je te disais que je voulais parler des auteurs vivants, de ton rapport à la création, la place à laisser ou non.  Je n’ai pas tant touché la création personnellement, mes premières expériences ont pas été très heureuses, les dernières ont bien été, mais j’ai encore de la difficulté à me positionner.

Toi qui en a fait, comment tu abordes ça?

 

André

 

J’ai beaucoup monté Tremblay en fait et notre rapport était unique. Mais il a souvent publié les textes comme il les avait écrit et pas comme ils avaient été joués.  Le texte et le spectacle sont deux choses.

Et pour moi ça a toujours été le spectacle d’abord!

Sinon, j’ai toujours eu un fantasme que je n’ai jamais fait (heureusement) d’amener un auteur dans la salle, de mettre son texte sur la scène et de lui dire: tiens c’est ça ton texte.  Maintenant, laisse-moi travailler!

Mais tu sais, il faut aussi savoir lire un texte, pas tout le monde qui sait faire ça.  Lire pour vrai.  Il faut laisser le texte répondre aux questions que tu lui poses.  Il faut que tu le laisses te mener, pour vrai.  C’est ça le plus dur, mais ça te donne plus de liberté après de couper ou pas.

Les auteurs ont toujours compris ça je pense.  Ou bien ils avaient peur de moi.  Je sais pas, ou bien je suis trop gentil (rires).

 

Fred

Alors tu faisais quoi pendant les répétitions?

 

André

Les auteurs venaient pas.  Quelques enchaînements mais sans plus.  Ce sont deux choses distinctes, vraiment.

Et puis Tremblay me disait tout le temps: tu coupes dans Shakespeare, tu te gêneras pas avec moi.

C’est pas facile mais c’est la vie tsé!

Après Le Marquis qui perdit, Ducharme a dit qu’il n’écrirait plus jamais pour le théâtre.  Je le prends pas personnel, mais sur le coup quand même, ça fesse. Dix ans plus tard, il a écrit Ha ha!… Mais c’est Ronfard qui l’a monté.

 

Fred

Parlant de Ronfard, il disait que parfois, il avait perdu des shows en entrée en salle.  Je sais de quoi il parle.  Tu en penses quoi?

 

André

C’est vrai.  C’est pour ça aussi que j’ai toujours aimé mieux travailler dans les petites salles. On garde facilement l’esprit de la salle de répétition.  Le Quat’sous c’est mon préféré pour ça. Y a des gros qui ont bouffé mes shows.  Pis dans les petites salles, on sent plus le public.  Ça c’est très important.

 

Fred

Oui mais y a des limites non?  Un public peut pas décider de ce qui sera programmé.  On doit surprendre, l’art se commande pas…

 

André

Non bien sûr, mais c’est pas de ça que je parle. Il faut écouter le public.  La vraie écoute. Entendre la rumeur, les réactions.  C’est avec ça qu’on construit après pour savoir ce qu’on fait de bien ou de moins bien.  Il faut écouter.

 

Fred

La critique?

 

André

C’est une autre affaire ça.

 

 

 

 

 

0 commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Crédit photo stephbourgeois.com

Frédéric Dubois

Frédéric Dubois est très impliqué dans le milieu théâtral de Québec. Il a terminé ses études au Conservatoire d’art dramatique de Québec en 1999.

Il est le directeur artistique du Théâtre des Fonds de Tiroirs, plateforme théâtrale importante de la Vieille Capitale. Il travaille notamment au Théâtre du Trident, au Gros Mécano, au Théâtre d'Aujourd'hui, au Centre National des Arts d'Ottawa et au Japon pour Basta Production!

En 2008, il a été récipiendaire du Prix John-Hirsh, remis par le Conseil des Arts du Canada, prix d’excellence qui souligne un début de carrière singulier et prometteur.