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Blogue

06 Février 2013

Des salles pleines

Voici  le deuxième billet de Michel Nadeau.  Bon voyage.

 

Des salles pleines, des salles pleines, des salles pleines! En douze jours, j’ai vu onze spectacles et toujours des salles pleines (le jour où je n’y suis pas allé c’est que la salle était pleine!). C’est à rendre n’importe quel directeur de compagnie jaloux! Bien sûr Londres compte plusieurs millions d’habitants mais l’offre de sorties est absolument incroyable.

 

La semaine dernière, je vous disais à quel point le théâtre fait partie de la vie des Anglais. On va au théâtre, point. Ce n’est pas une sortie particulière qu’on se paie quelques fois dans l’année. Il y a une question économique, bien sûr, mais pas seulement. Ce que j’ai constaté, dans tous ces théâtres, c’est que le théâtre que font les Anglais est ancré dans les préoccupations sociales des gens; tous s’y reconnaissent et c’est sans doute ce qui explique qu’il y ait des gens de tous âges dans les salles. Je me permets de citer ici un texte d’une jeune metteure en scène française qui travaille à Londres depuis plusieurs années, Marianne Badrichani, qui résume bien les différences entre le théâtre anglais et français. Deux tendances entre lesquelles le théâtre québécois se situe.

 

 » (…) en résumé et au risque d’une simplification un peu hâtive, l’écriture britannique aime à se pencher sur les enjeux sociaux et politiques de notre bas monde quand l’auteur français explore parfois douloureusement les contours de son intériorité, “le moi affectif”. Là où l’Anglais développe une dramaturgie centrée sur l’intrigue et les personnages, tout en distillant son humour et sa distanciation typiquement british, le Français privilégie l’expérimentation sur le langage et sur la forme. 

 

Aux Anglais, l’intrigue, l’humour et le sens du dialogue, aux Français, l’innovation, la poésie et le monologue. »

 

Chez les Anglais, ce qui prime c’est l’auteur, et non le metteur en scène. Et l’auteur privilégie les histoires et les personnages. D’où des pièces réalistes, ou relativement réalistes, très fortes et d’excellents acteurs. Le public sent toujours qu’on s’adresse à lui à propos d’enjeux de sa société. Par contre, on repassera pour l’innovation, le choc du jamais vu.

 

Chez les Français ce qui prime, c’est la création du metteur en scène. Et ce que l’auteur privilégie c’est la langue et la forme de son écriture. L’auteur et le metteur en scène sont deux artistes qui explorent chacun leur voie. Il en ressort souvent une écriture en monologues, ou quasi-monologues, ou monologues entrecroisés, comme de longs poèmes dramatiques que le metteur en scène a le loisir d’organiser selon son esthétique propre. Le spectateur vient assister  aux créations de ces artistes un peu comme on va voir les oeuvres d’artistes visuels. Ça peut lui parler ou non. Il peut adhérer ou non. Il peut se sentir en connexion avec l’artiste ou bien ne pas se sentir assez intelligent ou cultivé ou initié pour comprendre. Il en résulte une répartition du public selon les théâtre: là un public plus branché, là un plus conservateur, etc. C’est plus sélectif, moins inclusif. Ce théâtre peut amener des trouvailles, des illuminations, du bouleversement, du jamais vu. Mais aussi du de l’hermétisme pour initiés seulement.

 

Le théâtre anglais est subventionné à environ 33% par les pouvoirs publics, ce qui est peu. Le théâtre français, je n’ai pas les chiffres exacts mais c’est beaucoup plus – et beaucoup plus que chez nous; il y a quelques années, certains théâtres étaient subventionné à 80%! Évidemment ça a une incidence sur ce qu’on y produit. L’un doit parler aux gens pour qu’ils y viennent, quitte à sacrifier l’innovation; l’autre peut se permettre toutes sortes d’explorations, quitte à sacrifier la participation du public au nom de l’art.

 

Le théâtre québécois se situe entre ces deux tendances selon les compagnies. Je crois que notre défi est d’être un théâtre innovant et créateur mais qui doit, pour chaque spectacle, s’adresser à tous les publics.

 

Si on veut que nos salles soient pleines!

 

C’est tellement plus le fun pour tout le monde!

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Crédit photo stephbourgeois.com

Frédéric Dubois

Frédéric Dubois est très impliqué dans le milieu théâtral de Québec. Il a terminé ses études au Conservatoire d’art dramatique de Québec en 1999.

Il est le directeur artistique du Théâtre des Fonds de Tiroirs, plateforme théâtrale importante de la Vieille Capitale. Il travaille notamment au Théâtre du Trident, au Gros Mécano, au Théâtre d'Aujourd'hui, au Centre National des Arts d'Ottawa et au Japon pour Basta Production!

En 2008, il a été récipiendaire du Prix John-Hirsh, remis par le Conseil des Arts du Canada, prix d’excellence qui souligne un début de carrière singulier et prometteur.