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Blogue

23 Septembre 2013

Le théâtre c'est pour les snobs/riches/intellos

Cet été, j’ai eu la chance de retourner à Avignon pendant le Festival. Pour ceux qui ne connaissent pas, le Festival d’Avignon est un des plus gros rendez-vous de théâtre au monde.  Ça se déroule pendant tout juillet depuis plus de soixante ans, c’est le Cannes du théâtre.  Il y a un volet in qui accueille une soixantaine de spectacles et le off qui lui présente plus d’un milliers de compagnies de partout.  C’est la débandade!  La ville est assiégée de pièces allant du pire au meilleur et couvrir le off sans se tromper est plutôt difficile.  Une chasse au trésor…

Nous nous concentrons donc dans le in où les plus grands se côtoient.  Souvent, les artistes y créent leurs spectacles pour la toute première fois.  Or, le spectateur ne sait jamais à quoi s’attendre et ce n’est pas toujours jojo non plus, comme disent les cousins. Cela dit, c’est bien le rôle du théâtre de nous surprendre et les paroles étant libres, nous jouons le jeu. Le meilleur n’est pas toujours là où on l’attend.

Je suis toujours surpris de voir à quel point le théâtre peut encore nous réunir.  C’est rassurant de savoir que quelque part sur cette terre, pendant plus de trois semaines par années, des gens accourent de partout pour assister à un, deux ou trente spectacles.  Même si la qualité n’est pas toujours au rendez-vous, le désir, lui, de se retrouver ensemble devant des artistes qui prennent la parole et dépeignent leur monde est bien présent.

Pourquoi je vous parle de ça?

Parce que cet été, un spectacle était présenté dans la Cour d’honneur et il m’a fait penser à vous, à nous, à notre relation théâtre/spectateurs…

La Cour d’honneur?  Anciennement, Avignon était la ville des Papes.  Le Vatican.  Et comme celui-ci ne s’est jamais retenu de se construire des temples, la vieille ville, en plus de son pont mythique, a un palais moyenâgeux en son centre.  Et la cour de ce palais se transforme en salle de 3000 places en juillet pour le festival et voir un spectacle là est une aventure en soi.  Je me rappelle la première fois entrer sous ce gradin immense, labyrinthique et avoir le goût de hurler de bonheur.  J’y ai vu de tout, mais surtout mes amis (es) y jouer la trilogie de Wajdi Mouawad pendant toute une nuit. Je me rappellerai longtemps de voir Catherine Larochelle (que vous verrez dans Billy) avancer avec sa robe rouge et remplir la cour avec sa voix et son âme…(larmes)…

Pourquoi je vous parle de ça?

Cet été, on y présentait Cour d’honneur du metteur en scène Jérome Bel. Très simple.  Douze chaises et douze personnes, des spectateurs, qui viennent nous raconter leur expérience de spectateurs dans la Cour d’honneur.  Un coup de cœur, un coup de masse, un souvenir, une anecdote, tout quoi! Et puis, parfois, on pouvait revoir l’extrait qui les avait touché. Par exemple, Isabelle Huppert, qui avait joué Médée dans la cour, nous rejouait un monologue via Skype.  Très simple.  Même qu’au départ, j’étais réticent.  J’ai parfois de la difficulté avec le théâtre qui parle de théâtre.  Mais là, l’été, la cour, la chaleur, tout était parfait et les moments choisis étaient savoureux, touchants. Déroutants.  Et c’est là que j’ai pensé à nous.

C’est pas rien aller au théâtre.  Pourquoi vous allez au théâtre? Pourquoi on va encore au théâtre?  Pourquoi y a du monde qui pense que c’est pas pour eux? Qui leur a entré dans la tête que c’était difficile, pas accessible?  Des fois, c’est une affaire de goût, mais qu’on ne vienne pas me dire que c’est pas pour tous.  On est éduqué, on a des oreilles, on sait écouter, donc c’est pour tout le monde.  Bien sûr que parfois, y’a des propositions ardues, des fois y’a des sujets qui nous tentent pas, des fois on aimerait que ce soit juste drôle, mais j’en ai soupé d’entendre que c’est pour les intellos.  En disant ça, on accepte d’être traité comme étant moins intelligent que d’autres…. Qui accepte ça?

Pour les riches?  Euhhhh, ça coûte 34$ maximum venir au Périscope.  Je compare avec tout le reste, ça nous gêne pas trop.

Pour les vieux?  Je suis pas vieux! Et vieux pour moi, c’est dans la tête.  On est vieux quand on arrête d’avancer.  Quand on accepte tout sans rechigner, quand on se ferme les yeux.

Pourquoi je dis ça?

J’aimerais que vous nous racontiez un souvenir, un moment qui vous a touché ici.  Ou ailleurs dans un autre théâtre.  Page blanche pour vous.  Dites-nous tout.  Même le pire si ça vous tente parce que le pire arrive et des fois c’est parfait comme ça. Pourquoi vous allez au théâtre?  Quel est votre position comme spectateur? Quel rôle jouez-vous?  Êtes-vous complètement disponibles aux propositions ou vous vous gardez une petite gêne?  Qu’est-ce qui vous déroute?  Qu’est-ce qui vous enchante?  Et ce n’est pas un sondage que nous faisons….  C’est une carte blanche, un dialogue.

 

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Crédit photo stephbourgeois.com

Frédéric Dubois

Frédéric Dubois est très impliqué dans le milieu théâtral de Québec. Il a terminé ses études au Conservatoire d’art dramatique de Québec en 1999.

Il est le directeur artistique du Théâtre des Fonds de Tiroirs, plateforme théâtrale importante de la Vieille Capitale. Il travaille notamment au Théâtre du Trident, au Gros Mécano, au Théâtre d'Aujourd'hui, au Centre National des Arts d'Ottawa et au Japon pour Basta Production!

En 2008, il a été récipiendaire du Prix John-Hirsh, remis par le Conseil des Arts du Canada, prix d’excellence qui souligne un début de carrière singulier et prometteur.