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18 Février 2014

Un vrai métier

Bonjour,

aujourd’hui, je passe la plume à ma boss, qui a eu l’envie soudaine de partager ceci avec vous.  Bonne lecture.

J’avais 12 ans. La salle était bondée de monde. Quand les trois coups ont sonné, le rideau s’est levé et j’ai retenu mon souffle. Je crois bien que j’ai recommencé à respirer 1h30 plus tard. Je n’ai à ce jour jamais réussi à définir l’émotion qui m’a submergée ce soir-là. Un mélange d’euphorie et de nervosité sans doute. Un peu de peur de l’inconnu aussi. L’impression que le temps était suspendu, que chacune des personnes présentes venait de mettre sa vie sur pause, et que, ensemble, nous vivions un moment unique. J’avais 12 ans et pour la première fois j’allais au théâtre.

15 ans plus tard, quand mon père m’a demandé quand est-ce que j’allais avoir un « vrai » métier, je lui ai répondu qu’il était responsable de mon choix de carrière pour m’avoir un jour amenée au théâtre. Et que je ne l’en remercierai jamais assez.
Je ne suis pas comédienne. Ni metteure en scène, ni scénographe. Encore moins éclairagiste ou compositrice. Je suis gestionnaire culturelle. Ce métier un peu obscur qui en fait rêver quelques uns, laisse indifférents la plupart mais effraie certains, comme mon père. Pour ceux-là être directrice de théâtre c’est n’avoir pas eu l’occasion de développer ses compétences dans une « vraie » entreprise. C’est travailler pour un organisme sans but lucratif, en dehors de toute réalité. C’est faire carrière auprès d’artistes, et donc, évidemment, embrasser une vie de bohème.
Il est vrai que je pourrais sans doute faire deux fois mon salaire si je partais dans le privé. Sans doute également que j’aurais un horaire plus classique, et que la réalité de mon métier serait plus simple à expliquer. Mais je suis travailleuse culturelle. Et, pire que ça, j’en suis immensément fière.
J’ai choisi de faire ce métier parce que je crois que les arts vivants sont parmi les plus belles chose qui nous sont données de vivre. Parce que j’ai une admiration sans borne pour les artistes. Parce que je suis fascinée par ceux qui, un jour, ont choisi de se jeter dans le vide pour nous faire vivre des émotions incomparables. Parce que je veux croire que par l’art, nous avons tous un peu accès à la beauté de ce monde. Parce que le théâtre peut être politique, documentaire, onirique, dramatique, provocant, réconfortant, drôle, irrévérencieux, bouleversant, euphorisant, déconcertant…. et dérangeant. Parce que le théâtre peut tout être.  Mais aussi parce que je sais que pour pratiquer leur métier décemment ceux qui créent ont besoin de soutien et d’accompagnement. Parce que pour présenter du théâtre il faut une structure, des équipements, des équipes techniques et administratives. Parce que pour que tous ces gens vivent il faut de l’argent, et quelqu’un pour le gérer. Parce que faire de l’art, c’est un vrai métier. Et que tous ensemble, nous continuerons de suspendre le temps.

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Crédit photo stephbourgeois.com

Frédéric Dubois

Frédéric Dubois est très impliqué dans le milieu théâtral de Québec. Il a terminé ses études au Conservatoire d’art dramatique de Québec en 1999.

Il est le directeur artistique du Théâtre des Fonds de Tiroirs, plateforme théâtrale importante de la Vieille Capitale. Il travaille notamment au Théâtre du Trident, au Gros Mécano, au Théâtre d'Aujourd'hui, au Centre National des Arts d'Ottawa et au Japon pour Basta Production!

En 2008, il a été récipiendaire du Prix John-Hirsh, remis par le Conseil des Arts du Canada, prix d’excellence qui souligne un début de carrière singulier et prometteur.