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17 Avril 2014

Le printemps

 

Quand je croise des gens qui me demandent ce que je fais ces temps-ci, je leur dis : je me prépare à Faire l’amour au Péricope.

Automatiquement, ma réponse fait glousser, sourire, ouvre l’imaginaire…

En une fraction de seconde, le mercure monte, les hirondelles spinent dans le ciel, pépiements et battements d’ailes, ça y est : v’là le printemps!

Ouiiiiiii, le printemps!!!!

Cette envie de garrocher ses bottes d’hiver jusqu’au Japon, de s’arracher le manteau du dos , comme on se débarrasse d’une vieille peau, de sauter dans les flaques de bord de trottoir en chantant Heureux d’un printemps, d’embrasser l’inconnu au coin de la rue, juste parce qu’il est magnifique avec ses cheveux noirs bouclés, sa chemise boutonnée en jalouse et son sourire en coin, esquissé, quand il vous vu passer dans votre robe d’été vraiment pas appropriée pour une journée à 17 degrés…

Le printemps, ce moment de l’année où comme une larve, on s’extirpe du cocon de son manteau d’hiver, la peau blanche, fragile, les yeux bouffis, éblouis par le soleil, prêt a se transformer en magnifique papillon, prêts à aller se brûler les ailes sur le soleil et ses rayons.

Le printemps qui donne envie d’aimer de toutes ses forces et de faire fondre ce qui reste de bancs de neige.

Le printemps qui donne envie de se mettre tout nu.

Qui donne envie de faire l’amour!

Le printemps me rend folle. Folle de joie!

Et le plus beau dans tout ça, c’est que le printemps appartient à tout le monde.

Le printemps, c’est pas juste pour les gens beaux et pimpants qui boivent des drinks colorés avec leurs mitaines sur les terrasses de la rue Cartier.

Le printemps est aussi là pour Mario et Micheline qui ont sorti leurs chaises de patio sur le trottoir coin Aqueduc-Franklin et qui boivent une bonne Bud en ce magnifique dimanche matin. Les premiers rayons chauds du soleil caressent aussi le cou de Cynthia, qui est allée parquer sa chaise roulante une petite heure au Parc Victoria.

En haute-ville, la chaleur s’infiltre dans le petit corps de Jules, qui, au retour de l’école, à cause de la lumière dans les yeux de Marie-Soleil trouve enfin le courage de la prendre par la main.

Le printemps appartient aussi  à Wilfred et Amanda, qui chacun sur sa chaise, bercent leur soixante-huitième matin d’amour dans le carré de lumière qui filtre par leur fenêtre.

À Dorothée qui prie pour que se termine enfin cet hiver éternel qu’elle a passé à pleurer son André.

À Marguerite, qui vient de finir le cégep, qui est en feu, qui veut tout, tout de suite, à cent mille à l’heure!

À Jean-Claude, qui se fait bronzer les avant-bras, éffouéré sur le parvis de l’Église Saint-Roch.

À Steve, qui pointe le nez vers le ciel, se baigne dans les rayons du soleil, bien qu’il soit certain de ne pas pouvoir continuer à vivre sans Isabelle.

À Aude, qui n’a pas encore retrouvé l’amour.

À Jacinthe, qui a décidé que c’était à soir qu’ à l’allait vivre son premier one night.

À Mathieu, qui succombe.

À Laurence, qui a le corps en décombres.

À Élie, pour qui c’est la première fois.

A Patrick et Mireille qui se retrouvent.

À Cloé et Jean-Phlippe, qui s’endorment en cuillère.

À Julien et Laurent qui s’envoient enfin en l’air.

 

 

Mon pays, c’est l’hiver, mais c’est aussi le printemps qui fait fondre. Ce striptease saisonnier dans lequel un bout de bras dévoilé devient la chose la plus turn on du monde. Comme une grande chorégraphie sensuelle de soleil, de chaleur, de neige qui fond et de papillons dans les ventres. Quand je croise des gens qui me demande ce que je fais ces temps-ci et que je dis que je me prépare à Faire L’amour au Périscope, en une fraction de seconde le mercure monte et c’est le printemps. Le printemps, avec tout le monde dedans!

 

Maryse Lapierre

 

 

*.Quand je suis embarquée dans ce projet, je ne savais pas vraiment ce que m’attendait. Je savais par contre que j’allais travailler en complicité avec deux artistes que j’admire énormément : Anne-Marie Oliver et Véronique Côté. Maintenant, je peux vous dire que Faire l’amour avec elles, c’est vraiment bon! C’est même assez extraordinaire…

 

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Crédit photo stephbourgeois.com

Frédéric Dubois

Frédéric Dubois est très impliqué dans le milieu théâtral de Québec. Il a terminé ses études au Conservatoire d’art dramatique de Québec en 1999.

Il est le directeur artistique du Théâtre des Fonds de Tiroirs, plateforme théâtrale importante de la Vieille Capitale. Il travaille notamment au Théâtre du Trident, au Gros Mécano, au Théâtre d'Aujourd'hui, au Centre National des Arts d'Ottawa et au Japon pour Basta Production!

En 2008, il a été récipiendaire du Prix John-Hirsh, remis par le Conseil des Arts du Canada, prix d’excellence qui souligne un début de carrière singulier et prometteur.