Saison 2014-2015

Disparaitre ici

Du 10 au 28 mars 2015

Mardi et mercredi à 19 h

Jeudi au samedi à 20 h

16 ans et + public averti

Durée : 2 h 45 incluant un entracte

Fouiller. Décortiquer. Nous approprier. Sombrer dans l’œuvre de Bret Easton Ellis. Probablement le plus noir, le plus lucide, le plus pessimiste des auteurs contemporains américains. Son œuvre est fabriquée de la même matière qui se distille d’un roman à l’autre, les personnages passent et repassent, continuent à étendre l’insignifiance de leur vie à travers les histoires de leur auteur. Les mêmes thèmes reviennent, les mêmes motifs, hypnotiques. Des moteurs incroyablement puissants grondent au cœur de cette œuvre dangereuse. Critique ultime de l’Amérique.

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Conscientes du péril qui les attend, mais attirées comme des mouches par le feu, mues par leur désir d’autodestruction générationnel, les compagnies tectoniK_ et Les écornifleuses ont décidé de se perdre dans l’oeuvre de Bret Easton Ellis. Probablement le plus noir, le plus lucide, le plus pessimiste des auteurs contemporains américains.

Les interprètes éclateront les codes, seront autofictifs, performatifs, témoins, choeurs, dialogues, cris, reflets, metteurs en scène sur scène. Happés par la frénésie, la fiction, la fatigue, l’angoisse, la vacuité de notre monde, ils disparaîtront ici.

Auteurs et idée originale

Jocelyn Pelletier

Édith Patenaude

Mise en scène

Jocelyn Pelletier

Édith Patenaude

Conception

Jean-François Labbé

Karine Mecteau-Bouchard

Mykalle Bielinski

Production et direction artistique

tectoniK_

Les Écornifleuses

Adaptation librement inspirée de l’oeuvre de Bret Easton Ellis

Distribution

Caroline B. Boudreau
Philippe Durocher
Gabriel Fournier
Laurie-Eve Gagnon
Marie-Hélène Lalande
Joanie Lehoux
Valérie Marquis
Guillaume Perreault
Lucien Ratio
Alexandrine Warren

Espace des curieux

Extrait de texte

Sous la table, je m’enfonce un talon dans le pied pour m’empêcher de rire en pleine face de Clara. Si elle savait comment Xavier est plus là, comment il baise avec moi comme s’il m’avait toujours attendue, comme si j’étais fucking Lady Di. Son heure est passée. Elle avait juste à pas se mettre à parler de faire des bébés. Xavier a 33 ans, crisse. Comme s’il pouvait être prêt à faire des bébés. On est pas en 1910. Fourty is the new thirty. Fais un noeud dans tes ovaires, ma belle, parce que ça sera pas tout de suite. Je suis, plus que jamais, prête à flusher Clara sans me poser de question. La loyauté, c’est overrated. J’en ai plein d’autres amis, personne n’a de valeur particulière. Et tout le monde sait que si c’est par amour, on peut sacrifier n’importe quelle amitié et c’est accepté. Je me demande si c’est pas même dans les 10 commandements. Tu ne tromperas point, sauf si c’est par amour. Faudrait que je revois le film.

Synopsis

Ils ont peut-être trente ans.

Ils sont dix, ils sont beaux, égocentriques, noyés dans le tourbillon social et le divertissement sous toutes ses formes. Les plaisirs sont immédiats, abondants, accessibles.

Ils ont absolument tout pour être heureux.

Ils sont, terriblement, à notre image.

Ensemble, ils s’aiment, s’envient, se trahissent, s’entre-dévorent. Les relations se font et se défont. Ils se lassent, cherchent du nouveau ailleurs, et encore, et ainsi de suite.

Mondains et excessifs, ils cherchent à exister d’une soirée à l’autre, d’un excès à l’autre. Mais l’ennui gagne du terrain. L’engourdissement collectif a commencé. Submergés par leur narcissisme et leur ambition, ils en perdent toute empathie. Ainsi désensibilisés, ils se réfugient dans les sensations fortes pour s’extirper du vide, ressentir à nouveau quelque chose d'humain. Ils luttent pour ne pas disparaître complètement dans l’animalité et la violence.

Mais elle est partout, cette violence. Dans leurs mots, dans leurs gestes, sur les écrans, dans tout ce qu’ils consomment au quotidien, qu’il s’agisse d’individus ou d’objets. Prisonniers de ce vortex, leur réalité se distorsionne et, insidieusement, les contours du bien et du mal deviennent flous.

Dans ce maelström, les mystérieux textos se succèdent, les photos compromettantes s’additionnent, la tension monte. Quelqu’un disparaît, mais peut-être pas. Les soupçons augmentent, les disparitions s’accumulent. Le réel et le fictif se fondent l’un dans l’autre.

Un snuff movie (vidéo pornographique où quelqu’un est torturé et tué, filmée de manière très réaliste, misant sur le doute suscité quant à la véracité du meurtre) brouille définitivement les cartes. Une telle vidéo est toujours difficile à obtenir et extrêmement coûteuse, tandis que celle qu’ils reçoivent devient virale. Qui est cette femme bâillonnée sur la vidéo? Pourquoi semble-t-elle aussi familière? Qui sont ces gens qui la torturent? Est-ce nous? Le cauchemar s’épaissit. La paranoïa s’empare du groupe.

L’amitié s’effrite, les couples éclatent, la réalité devient insaisissable. Même les représentants de l’ordre ne sont plus dignes de confiance.

Ils basculent, et leurs pensées défilent devant nous, sans censure; orgie de mots, de haine, d’insécurités, de désirs, de vérités, de peurs, ponctuée d’éclairs d’une lucidité troublante. Ils sont nous. Ils exposent nos réflexions les plus intimes, en rafale, et construisent un labyrinthe intérieur qui est le même que celui dans lequel nous sommes tous égarés. Ils donnent leur vie en spectacle. Les tableaux se succèdent, éclatants, débridés, follement divertissants. Ils font tout pour nous séduire, pour être les héros de leur vie en perte de sens. Pour être aimés.

À cette époque de la glorification du soi, qui peut nous sauver quand chacun est à la fois psychopathe et victime?

Le vague souvenir d’un avant plus lumineux persiste. Ils ne se laisseront pas devenir des morts-vivants.

Bande-annonce 1

Bande-annonce 2

Mot des auteurs et metteure en scène

Nous aimons Bret Easton Ellis parce qu’il est infernalement lucide.

Nous voulions regarder qui nous sommes sans complaisance, conscients que nous vivons à une époque cruelle et terriblement divertissante, que nous en sommes les produits et que nous participons activement à ses effroyables mécanismes.

Nous nous savons insatisfaits, et surtout, insatiables.

Et peut-être lumineux.

Nous pouvons parler au nous parce que nous sommes deux.

À l’heure du culte de l’individualisme, nous nous sommes unis pour aller plus loin, pour être plus impudiques. Plus radicaux.

Plus libres.

Pour être à l’envers du narcissisme, tout en y plongeant les yeux grands ouverts.

Car nos pensées horribles sont ridiculement vraies, saisissantes et pourtant communes.

Nous avons travaillé avec une euphorie inattendue, dans une joie vive de nous révéler, nous, ces psychopathes ordinaires.

Le résultat fût jubilatoire, jouissif, car à travers le brouillard cauchemardesque que nous avons tenté d’explorer avec toute notre sincérité, une seule chose est devenue claire : nous ne nous laisserons pas devenir des morts-vivants.

Nous avons voulu sombrer pour vous. Nous avons accepté d’embrasser la douleur intrinsèque à toute transformation profonde pour que vous puissiez resurgir avec nous, dans un élan fulgurant d’espoir.

Promettons-nous de ne pas disparaître ici.

Édith Patenaude

Jocelyn Pelletier

Inspiré des écrits de Bret Easton Ellis

Auteur d’American Psycho, Less than zero, Glammorama et Lunar Park, Bret Easton Ellis est un des auteurs contemporains les plus controversés de sa génération. Né en 1964 à Los Angeles, il est souvent défini comme un romancier d’anticipation sociale, ses romans s’inscrivant de façon marquante dans le mouvement Génération X. Autant acclamée que critiquée, son oeuvre incendiaire offre un portrait acide d’une Amérique noyée dans l’abondance, l’accessibilité et l’égocentrisme. Ellis est devenu le maître subversif du glissement entre le pur divertissement et le cauchemar halluciné. Il est définitivement l’un des auteurs les plus importants de notre époque contemporaine.

Disparaître ici : d’abord inspiré de deux romans

Si le texte s’en est éventuellement éloigné, il est intéressant de savoir que c’est de Glamorama et de Lunar park dont se sont d’abord inspirés les deux auteurs, Jocelyn Pelletier et Édith Patenaude, pour écrire Disparaître ici.

Nos suggestions de lecture donc (vous nous voyez venir…) :

Ou encore nos suggestions de film :

  • Neige sur Beverly Hills (une adaptation du livre Moins que zéro), 1987
  • American Psycho, 2000
  • Les lois de l’attraction, 2002
  • Informers, 2009

Disparaître ici : un univers musical signé Mykalle Bielinski