Saison 2015-2016

Le Monde sera meilleur

Spectacle en itinérance

Durée du spectacle : Environ 90 minutes

4-5 octobre 2015 (dans le décor de L'Éveil)
25-26 octobre 2015 (dans le décor de Tribus)
6-7-8 février 2016 (dans le décor de Grace)
19-20-21 mars 2016 (dans le décor de S'Aimer)

Samedi 20 h - Dimanche 16 h - Lundi 19 h

Et si, dans un monde où tout est accessible et abondant, la clé résidait dans la perte?

Les Écornifleuses présentent un spectacle atypique à tous les niveaux : la forme, le genre, la diffusion. Prenant d'assaut la grande salle les soirs où elle dort, LE MONDE SERA MEILLEUR est présenté dans les décors des autres pièces en cours, dans le cœur de spectacles étrangers afin d'y faire battre le sien. Avec LE MONDE SERA MEILLEUR, Les Écornifleuses provoquent une réflexion intime et citoyenne. Elles y parlent d'espoir, d'aimer ici, maintenant et de notre responsabilité d'être heureux en petits et grands groupes.

En enlevant de l’équation la donnée déterminante qu'est celle du décor, du matériel, Les Écornifleuses ramènent le spectateur à l'essentiel : le propos. Écrit dans la nécessité, LE MONDE SERA MEILLEUR rend la fiction complètement perméable au réel. Il y est question d'intimité, d'amour, de confort, de consommation; puis d'effondrement et de reconstruction.

Après avoir tout perdu, mais de s'en trouver étonnamment libéré et soudé, un couple voit une tragédie tuer leur espoir naissant d'un monde différent. Ensemble, les huit comédiens sont autofiction, manifeste, chœur, performance, témoignage, pères et mères, eux-mêmes et personnages d'Hamlet. Le texte d'Édith Patenaude la met elle-même en scène, entourée de sept acolytes, alors qu'elle prend en otage la salle de théâtre. Y est bâillonné un spectateur bien précis, avec qui elle a un lien qu'elle raconte et inscrit dans le réel.

Texte et idée originale
Édith Patenaude

Mise en scène
Édith Patenaude

Assistance mise en scène
Alexandrine Warren

Dramaturgie
Joanie Lehoux

Conception sonore
Mykalle Bielinski

Direction technique
Keven Dubois

Direction scénographique
Gabrielle Doucet

Compagnie
Les Écornifleuses

Distribution

Jean-Denis Beaudoin
Laurie-Eve Gagnon
Marie-Hélène Lalande
Eliot Laprise
Joanie Lehoux
Édith Patenaude
Maxime Perron
Nicola-Frank Vachon

Espace des curieux

Pour en savoir plus sur l'univers entourant LE MONDE SERA MEILLEUR.

Mot de l’auteure et metteur en scène

J’espère toujours parvenir à ce que les shows que je monte soient éloquents en eux-mêmes, qu’ils n’aient pas besoin d’explications supplémentaires. Ça ne pourra jamais être plus vrai que dans ce cas-ci.

Parce qu’ici, la fiction est déconstruite un artifice à la fois afin d’arriver à quelque chose comme le cœur. Cette posture d’honnêteté intransigeante, nous la cherchons en incluant le spectateur dans nos constats. Ainsi, le théâtre devient essai. Ce genre auquel on n’associe pas d’emblée de théâtralité, nous en profitons parce qu’il est parole qui avance et idée qui se creuse. Puis, nous l’avons fait changer de forme, puisque c’est notre métier de faire que la parole devienne geste, de la mener au point d’ébullition.

Tout sera dit. Tout sera décortiqué. Vous comprendrez tout de ma position. Je ne peux rien vous dire de plus.

La suite vous appartient.

Édith Patenaude

Extrait

LE CHŒUR. Tout le monde se sentait comme dans un film catastrophe. Nous avions tout, et soudainement, sans signe de rien, sans avertissement réel, sans ralentissement économique sérieux, tout à coup, nous perdions tout. Nous, société qui ne rêvait plus à rien, nous nous sommes mis à avoir le sentiment de flotter au-dessus de la réalité. Notre vie collective est devenue surréaliste. Le Québec entier avait l’impression de rêver. Le Québec entier voulait, de toutes ses forces, pour la première fois depuis longtemps, se réveiller.
ELLE. On a voulu vendre des choses. Mais personne voulait rien acheter.
LUI. L’hypothèque est devenue un vrai problème.
ELLE. On avait pris un taux d’intérêt variable, et il est passé de 3%...
LUI. À 17%.
ELLE. On avait plus de travail.
LUI. On était endossé.
ELLE. Par mes parents.
LUI. On devait être capable de payer toujours. Au départ, on était capable. Selon notre conseiller financier. François Allard.
ELLE. La compagnie de transport pour laquelle mon père travaillait a finalement fermé. Je dis finalement, mais ça a été très rapide. L’immense système financier mondial est tombé vraiment vite. Vraiment. Un château de cartes.
LUI. On était endossé par des gens qui avaient plus d’emploi.
ELLE. Au début, les premiers jours, mon père s’est dit que c’était comme s’il prenait enfin sa retraite. Seulement deux ans plus tôt que prévu. Il gardait le sourire.
LUI. Jusqu'à ce qu’il réalise que notre situation se détériorait et qu’il allait devoir pallier à notre manque de ressources financières.
ELLE. Toutes ces choses dans notre maison qui étaient pas à nous, qui étaient à la banque. Les chaises, les électroménagers, tous les mille appareils dans la cuisine. Les murs même en sont venus à me dégoûter. Tous ces gens qui avaient des choses dans ma propre maison.
LUI. Comment est-ce qu’on avait pu dire notre maison? Notre auto?
ELLE. J’avais l’impression que les choses mouraient. Que les lampes, le piano, les ordinateurs, la table de salon, les draps, les miroirs, que tout mourait.
LUI. Un jour, j’ai voulu appeler un ami pour lui demander de l’aide. J’ai voulu appeler, et j’avais plus de ligne.
ELLE. Moi non plus. Nos téléphones ont été coupé la même journée.
LUI. Cette journée-là, j’ai jeté la bibliothèque murale IKEA à terre.
ELLE. J’ai pleuré pendant une journeé complète de voir tous nos livres éparpillés.
LUI. Tout était devenu superficiel. Même la littérature.
ELLE. Et puis un jour je suis allée à l'épicerie acheter des pâtes et une sauce cheap en pot. Et ma carte de crédit a été refusée. Quand je suis revenue, j’ai mis tous les livres dans des sacs de vidange et on est parti les vendre pour un prix dérisoire à la bouquinerie la plus proche. On est allé s’acheter une bouteille de vin Fusion et manger dans un restaurant asiatique pas cher, mais absolument hors de nos moyens. On a chacun pris un poulet Général Tao.
LUI. C’était dégueulasse mais on a passé une soirée extraordinaire.
ELLE. À rire beaucoup.
LUI. On était légers comme ça faisait longtemps qu’on l’avait pas été.
ELLE. Parce que l’espoir était parti.
LUI. On était libérés de l’espoir.
ELLE. On était libres de crasher nous aussi.
LUI. Ensemble.

À découvrir

Écoutez les pièces de la compositrice musicale de Le Monde sera meilleur, Mykalle Bielinski.

À lire

Extraits de conversation entre Philippe Couture et Émilie Jobin, Revue Jeu, 11 mai 2012, publié à la suite de la lecture du texte Le Monde sera meilleur au Jamais Lu à Montréal :

Philippe. « (...) On a été remués, confrontés à notre indifférence toute occidentale et confortable devant un système économique qui s'écroule. C'était une onde de choc, un appel à quitter cette inertie, une charge énergique qui donnait envie de croire à la possibilité d'un soulèvement et de se mettre à l'action, comme Hamlet, dont l'histoire est revisitée en deuxième partie de ce texte. (...) »

Émilie. « (...) J'ai eu envie d'appeler tous les membres de ma famille pour leur dire que je les aimais, mais je leur ai écrit un courriel à la place. Je me suis reconnue des centaines de fois dans l'indifférence qu'Édith Patenaude reconnaît en elle et je n'ai pas su décider si la réplique « On était libérés de l'espoir » était incroyablement déprimante ou lumineuse. J'ai réfléchi à ce que je regretterais de ne pas encore avoir fait si j'apprenais que j'allais mourir dans quelques minutes (...) »

Philippe. « (...) Un peu comme le texte d'Édith Patenaude, qui mélange les genres de manière vraiment tonifiante, entre autofiction, narration chorale et relecture d'un classique théâtral, flirtant aussi par moments avec l'esprit du concert, ou de la performance, bref une énergie de l'instant présent, de l'ici-maintenant. C'est cette immédiateté-là qui m'a galvanisé et qui, comme toi, m'a donné le vertige et m'a confronté à de graves questions. Faut-il attendre qu'un malheur me tombe dessus pour que mon regard critique sur le monde se transforme en capacité d'action? Ai-je besoin que la crise économique bouscule mon confort et mes certitudes, comme c'est le cas dans la pièce, pour que je laisse ma colère évoluer vers la prise de parole et l'accomplissement de gestes constructifs? (...) »

Émilie. « (...) Tu sais ce qui me réconforterait en ce moment? Être certaine qu’il y aura une suite. (...) j'aurai à l'œil les théâtres de Québec pour voir si on y a eu l’audace de faire une place à Le Monde sera meilleur d'Édith Patenaude (...) »