Saison 2019-2020

Le Projet HLA

Du 4 au 22 février 2020

Studio Marc-Doré

Du mardi au samedi > 20 h 30

(À l'exception des samedis 8 et 15 février > 14 h)

Tragédie familiale multisensorielle

Pour sa première création au Périscope, l’artiste et mélomane Guillaume Pepin propose une forme dramatique innovante; celle d’un texte dont l’écriture s’arrime à la musique électronique. La mise en scène, en parfaite harmonie avec cette mécanique, entraîne les personnages dans une transe entre corps et âme. Comme décor à cette chorégraphie, la communion étonnante de la tragédie grecque et de l’esthétisme des années 80. La table est mise pour une expérience enlevante avec un sujet indémodable : les drames familiaux.

Un an après le meurtre du père, commis par la mère et le fils, la famille revit en boucle l’épisode fatidique tout en manipulant les souvenirs d’un passé indélébile. Enfermés dans des mécanismes de destruction et d’autodestruction, de sentiments refoulés et de sujets tabous, les personnages perdent peu à peu contact avec la réalité et s’enfoncent dans l’engrenage de la violence et de la culpabilité.

Compagnie — La Trâlée
Texte — Nicolas Fretel
Mise en scène — Guillaume Pepin
Assistance à la mise en scène — Edwige Morin
Distribution — Nancy  Bernier, Carol Cassistat, Alexandre Martel et Vincent Nolin-Bouchard
Musique — Étienne Lambert
Lumière et vidéo — Keven Dubois
Décor, costumes et accessoires — Dominique Giguère
Conseillère au mouvement — Eve Rousseau-Cyr
Conception sonore — Etienne Lambert et Alexandre Martel
Direction de production — Laurence Croteau-Langevin


Le Projet HLA
Du 4 au 22 février 2020
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Espace des curieux

Mot du metteur en scène:

« La mise en scène, à l'image de l'écriture de la pièce, s'inspire de la forme d’une partition de musique électronique (avec loop, montée progressive, drop, etc.). La vidéo, les éclairages, la musique, les éléments du décor et les comédiens s'inscrivent dans la lignée des mots de Nicolas Fretel, parfois difficiles, qui reviennent à répétition pour créer un ballet électro où, l’accumulation des éléments, apportera une catharsis chaotique. Grâce à cette esthétique, nous mettons en évidence la tempête tragique à l’intérieur de la tête du fils et tout ce à quoi il s’accroche pour essayer de se sauver de ce drame familiale qui le submerge. Les boucles rythmiques créées tout au long de la pièce rendent sensibles et sensorielles la transmission émotionnelle et génétique qui se passe inéluctablement d’une génération à une autre. »
-Guillaume Pépin

Extrait du texte:

LA MÈRE. Tu crois qu’ils sentent quelque chose ?

LE FILS. Papa le faisait souvent. 

LA MÈRE. C’est vrai qu’il adorait cet aquarium.

LE FILS. Tout ce qui leur faisait aux poissons une fois il était tellement saoûl qu’il a décidé de pêcher dedans avec sa canne à pêche il s’était assis avec une bouteille et il pêchait !

LA MÈRE. C’est lui qui te l’a acheté c’était un beau cadeau.

LE FILS. Le seul qu’il m’a fait.

LA MÈRE. Pourquoi dis-tu ça ? Et le vélo qu’il t’a acheté pour tes sept ans ?

LE FILS. Je n’ai jamais eu sept ans en tout cas pas ce jour-là. 

LA MÈRE. On avait économisé presque une année c’est lui qui voulait absolument que tu aies un vélo comme les autres enfants et même un encore plus beau que les autres il avait harcelé le vendeur pendant des semaines il tenait absolument à ce qu’il soit rouge pour qu’on le remarque bien. 

LE FILS. Je me foutais de ce vélo je voulais juste qu’il me parle. 

LA MÈRE. Tu sais très bien qu’il n’était pas bavard. 

LE FILS. Je voulais que mon père me parle comme le font tous les pères à leur fils. 

LA MÈRE. Mais tu n’avais que sept ans !

LE FILS. Justement ! J’attendais qu’il me dise une parole d’adulte une parole profonde et incompréhensible pour mes sept ans une parole mystérieuse que j’aurais mâchouillée longtemps le soir avant de m’endormir pour en trouver le sens pour devenir grand au lieu de cela il n’a pas décroché un mot et il m’a tourné le dos. 

LA MÈRE. Tu es injuste puisque je te dis que c’est lui qui voulait te faire un cadeau. 

LE FILS. Je  me souviens d’un autre cadeau qu’il m’a fait dans la remise. 

LA MÈRE. On a eu de bons moments quand même tu te souviens les vacances à la montagne de ce magnifique chalet qu’on avait loué ? Tu avais treize ou quatorze ans c’étaient nos premières vraies vacances à cette époque-là tout le monde n’allait pas à la montagne ton père se sentait bien tu te rappelles comme il était calme et puis le soir il nous emmenait au village prendre des vins chauds on faisait les boutiques de souvenirs on était heureux et tu te souviens quand il t’a emmené voir le Championnat du monde de boxe ? Vous étiez monté tous les deux en train à Paris je vous avais préparé des sandwichs ça aussi tu t’en souviens ?

LE FILS. Pourquoi tu me demandes toujours si je me souviens ? Il n’y a pas que toi qui as de la mémoire je me souviens parfaitement de tout et c’est bien ça le problème. 

LA MÈRE. Moi aussi je me souviens et ça m’aide.

LE FILS. C’est sûrement parce qu’on ne se souvient pas des mêmes choses moi ce que je veux c’est oublier. Oublier ce qu’il m’a fait.  Oublier ce qu’il t’a fait Oublier qu’il a jeté les sandwichs par la fenêtre du train quand je lui ai dit que j’avais faim et oublier qu’il s’est soûlé à mort tout le trajet pendant que je pleurais. Oublier que j’ai dû le ramener tellement il était ivre. 

La mère s’effondre. 

LA MÈRE. Je suis désolée de t’avoir donné un père comme ça. 

LE FILS. Tu lui disais la même chose à propos de moi. 

LA MÈRE. Tu sais bien que j’étais coincée entre vous deux c’est ma faute. 

LE FILS. Arrête tu sais très bien que c’est faux. MAIS BON DIEU DIS-LE QUE TOUT EST SA FAUTE ! Dis-le seulement une fois juste une fois et peut-être qu’on ira mieux. 

LA MÈRE. Pourquoi ? Pour couvrir tous nos vices ? Ça nous arrangerait bien que tout soit sa faute après tout on aurait pu partir. 

LE FILS. Nos vices quel drôle de mot pour dire nos souffrances tu sais très bien que c’est à cause de lui.