Saison 2015-2016

Sauvageau Sauvageau

Du 10 au 28 novembre 2015

Durée du spectacle : 70 minutes

Mardi et mercredi à 19 h

Jeudi et vendredi à 20 h

Samedi à 16 h

Dans un monde où tout s'exprime en 140 caractères et où l'instantané a pris le dessus sur la réflexion, Christian Lapointe rend hommage à la parole forte de Yves Sauvageau, artiste de la démesure, génie tourmenté et homme de théâtre avant-gardiste. Il nous propulse dans un dialogue entre l’auteur de 24 ans à la veille de se donner la mort dans les années 70 et l’auteur à l’âge qu’il aurait aujourd’hui.

Ce dialogue imaginé entre Yves Sauvageau et lui-même à partir des textes de fiction qu’il a écrit permet de revisiter un grand oublié du répertoire québécois, en l’actualisant sans le trahir. À l'avant-plan : le rapport trouble qu'entretient un artiste avec lui-même et la société qui l'entoure. Un travail d'écriture débridé qui place l'auteur au centre du système.

En filigrane : Wouf wouf. Cette pièce ayant soulevé les passions en 1969 dépeint l'ultime logique de l'univers fiévreux des adolescents éperdus d'amour et d'absolu qui peuplaient les premières pièces d'Yves Sauvageau, comme Les mûres de Pierre ou Je ne veux pas rentrer chez moi, maman m'attend. Ce texte allait propulser le théâtre québécois dans un imaginaire extraordinairement libre.

Texte
Yves Sauvageau

Adaptation et mise en scène
Christian Lapointe

Dramaturgie
Marie-Claude Verdier

Assistance à la mise en scène
Alexandra Sutto

Musique
David Giguère

Direction artistique
Sylvain Bélanger
Jean Hazel
Christian Lapointe

Vidéo
Lionel Arnould

Décor
Jean-François Labbé

Costumes
Virginie Leclerc

Assistée de
Maude Audet

Sonorisation
Hugo Trépanier

Régie
Marilyn Laflamme

Lumières
Sonoyo Nishikawa

Archiviste de Sauvageau
Raymond-Louis Laquerre

Compagnies
Centre du Théâtre d'Aujourd'hui
Théâtre Blanc

Distribution

Paul Savoie
Gabriel Szabo

Espace des curieux

Bande-annonce

Mot du metteur en scène

Une vie inachevée, et pourtant...
On se tue beaucoup au Québec. Plus qu’ailleurs. Il y a parfois des vagues qui emportent dirait-on le meilleur de tout un peuple. Il n’y a qu’à penser à Huguette Gaulin, Hubert Aquin ou Claude Gauvreau pour mettre en perspective dans le contexte de son temps le geste d’Yves Hébert, dit Yves Sauvageau ou Sauvageau Sauvageau. Faut-il voir dans ce geste un achèvement permettant de se libérer d’une fatigue à se battre contre un monde poussant à la conformité?
C’est qu’il intrigue ce geste, il déboussole. Particulièrement chez ce jeune auteur et acteur de 24 ans. Devant la difficulté à saisir l’ensemble des contradictions qui mènent à une telle action il m’a fallu faire enquête, chercher dans l’œuvre brève de Hébert les indices de son combat entre pulsions de vie et de mort, comme s’il portait en son sein les stigmates de toute notre société. J’ai voulu trouver ce dialogue qu’il devait forcément entretenir avec lui-même, ce dialogue imprimant la résistance à abdiquer et le besoin d’un soulagement instantané.
Cette enquête sur une vie inachevée, qui dès ses premiers balbutiements marqua pourtant fortement l’imaginaire de ses contemporains, prend ici la forme d’un objet théâtral qui glisse d’un registre à l’autre, le tout fait uniquement de mots provenant des diverses œuvres de l'écrivain. Ouvrant sur des éléments documentaires inédits et se poursuivant dans un mode glissant par moment entre le récital poétique et une conférence-discussion avec la figure de l’auteur dédoublée, elle fini par nous propulser dans une "fiction" mettant en scène Yves Hébert, ce personnage historique de notre parcours théâtral collectif qu’est celui du encore tout jeune théâtre québécois.

Christian Lapointe

Capsule 2

Extrait

- Oh! j’ai envie d’être heureux toujours.
- C’est possible, marche droit, ris et souris quand c’est beau et bien, marche droit, soupire et souris quand c’est laid et mal; marche droit, lutte et souris quand c’est méchant, méchant, marche droit.
- Je... toi... Tu... moi... Je suis ému... Je vais finir ce que j’ai commencé... Même si ça ne rime plus à rien... Mais, c’est tout ce qui me reste... C’est toute ma vie... Et je vais m’accrocher à la vie comme on s’accroche aux souvenirs beaux et qui font mal parce qu’ils sont trop beaux... j’aurai fini de bâtir, j’aurai vécu. Mon ami, mon amour. Je suis traqué. Résisterais-je aussi longtemps. Comme la persécution est bonne quand l’amour anime la lutte.
- Comme moi, consens-tu à la vie?
- Oui.
- Comme moi, consens-tu à la mort?
- Oui.
- Comme moi, aimes-tu la vie à la mort?
- Oui, je sais, aimer, ça peut être tout, mais jamais ne rien faire! Oh! de tout mon corps,
- De tout mon cœur,
- De tout mon esprit,
- Je brûle d’amour reconnu.
- Pour l’amour, dansons!

À écouter

Découvrez la musique du compositeur de la trame de Sauvageau Sauvageau, David Giguère

Biographie d’Yves Hébert Sauvageau

Yves Hébert Sauvageau est né à Waterloo en 1946. Très jeune, il fonde une troupe de théâtre, La Lanterne, et s’occupe de loisir théâtral pour sa ville. En 1963, il entre à l’École normale de l’Université de Sherbrooke. Cette décision l’oriente progressivement vers le théâtre. Il remporte en 1965 le premier et le troisième prix du concours des jeunes auteurs de Radio-Canada. À la fin de ses études en interprétation à l’École nationale de théâtre du Canada en 1968, il partira en tournée avec les jeunes comédiens du T.N.M. L’année suivante, il fera partie du Théâtre d’Aujourd’hui en tant que comédien et scripteur. Il est décédé à 24 ans, en 1970. Jean-Claude Germain dira de lui qu’il « n’a pas eu le temps d’acquérir ni le métier, ni le talent du génie dramatique qui l’habitait et dont on retrouve un peu partout dans ses œuvres la trace, l’empreinte et le souffle ».?

Photo de casting 1964. Crédits : Marcel Côté, photographe, Waterloo

Quelques œuvres d’Yves Hébert Sauvageau

Mononstres et manattentes (Ohé! toi qui louches, fais-moi peur) [1970]
On s'aime à mort [1970]
Wouf Wouf [1967]
Les mûres de Pierre [1966]
Je ne veux pas rentrer chez moi, maman m'attend [1966]
Papa [1966]

Son œuvre culte fût Wouf Wouf. En mars 1969, le Centre des auteurs dramatiques décide d’en produire une lecture publique à la bibliothèque Saint-Sulpice devant une salle archicomble et dithyrambique. Malgré ce succès important Sauvageau éprouve des difficultés à faire produire la pièce dont l’imposante distribution semble effrayer les théâtres. Wouf Wouf a tout de même donné lieu à de nombreuses lectures, dont un évènement fameux dirigé par André Montmorency pour la Nouvelle Compagnie Théâtrale à minuit en 1974, et plusieurs productions réalisées dans le cadre d’exercices universitaires.

Extrait du magazine du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, Volume 7

À contulter

Le magazine 3900 présente un dossier complet sur la pièce Sauvageau Sauvageau.